L’AVIS DU LIBRAIRE

 

Rare exemplaire du SP dédicacé à André et Clara Malraux, la traductrice de Genêt en français

KRACAUER (Siegfried)

Genêt [Ginster]

Paris, Gallimard, Coll. "Le Monde entier", 1933

In-12 (18,8 x 12 cm), broché, couverture imprimée, 269 pp., 1 f. n.ch.

Edition originale française (pas de grand papier) du premier roman de l'auteur.

Exemplaire du SP.

Double envoi autographe signé de l'auteur.

Sur le premier feuillet blanc : "Für André Malraux / mit aufrichtiger Bewunderung, / mil Dank / und in Freundschaft / S. Kracauer".

Sur le faux titre, en remerciement à la traductrice de l'ouvrage : "Für Frau Clara Malraux, / voller Dankbarkeit für / diese [...] ihrer wunderbaren Übersetzungskunst und in Freundschaft / S. Kracauer".

Broché, tel que paru.

Journaliste, sociologue et critique de cinéma, Siegfried Kracauer (1889 – 1966) fut un ami proche de nombre de penseurs de l'École de Francfort, dont Walter Benjamin, Theodor Adorno et Ernst Bloch. Tout comme Walter Benjamin, Kracauer s'exila en février 1933, au lendemain de l’incendie du Reichstag. Il se rendit à Paris, où il noua une amitié indéfectible avec le couple Malraux qui accueillaient déjà boulevard Murat de nombreux écrivains allemands antifascistes. Clara Malraux proposa de traduire Ginster, le premier roman autobiographique de Kracauer, paru en Allemagne en 1928. André se chargea des négociations avec Gallimard qui publia le volume en juin 1933. Si l’on en juge par l’insigne rareté du volume, l’échec commercial fut certainement total. Le séjour parisien de Kracauer se poursuivit, à coup d’expédients, jusqu’à son départ pour les États-Unis, en 1941, où il devait trouver la consécration, en 1947, avec la publication de son ouvrage fondamental, De Caligari à Hitler : une histoire psychologique du cinéma allemand.

Les envois autographes en allemand de Siefried Kracauer, sur ses livres publiés avant-guerre, sont très rares.

Provenance idéale.

« Bien que Genêt, qui lors de sa parution en Allemagne obtint un grand succès littéraire, se déroule principalement durant la guerre, il n'est pas ce que l'on a coutume de désigner sous le nom de "Roman de guerre". Il se différencie des autres romans de guerre en ceci qu'il ne traite pas seulement de la guerre en soi, mais de la destinée humaine qui toujours nous ramène à la guerre. C'est pourquoi dans ce livre il y a un glissement insensible de la paix à la guerre...

Genêt, le personnage du roman, est le contraire d'un "héros" ; sous tous les rapports il nous rappelle Charlot. Faible, effacé, solitaire, et souvent lamentable, tel Charlot, Genêt ne parvient à dominer son instinct guerrier qu'en le supportant passivement. Il ne se montre à la hauteur d'aucune situation, il ne parvient pas à saisir les rapports humains les plus courants. Si bien que son attitude ressortit constamment au plus haut comique. Mais cette impuissance même est la source de la puissance qui lui est propre ; et il semble que sa fonction soit de dévoiler impitoyablement toute chose.
Ses déficiences dénoncent le pathos des héros, ses maladresses, l'activité qui tourne à vide ; son incapacité à saisir la soi-disant vie normale nous montre la singularité profonde de cette vie. À l'arrière-plan comique, collé à lui, nous voyons le triste étonnement suscité par un monde où la paix et la guerre se mêlent inextricablement.

Les récents événements allemands donnent à ce roman une actualité exceptionnelle. Par lui nous n'apprendrons pas seulement à connaître mais aussi à mieux comprendre le présent. » (Prière d'insérer, 1933).

1 500 €