L’AVIS DU LIBRAIRE

 

« L'Histoire d'un jeune homme insupportable qui parle tout le temps et ne prouve rien. »

RENARD (Jules)

L'Écornifleur

Paris, Paul Ollendorff, 1892

In-18 (18,2 x 12,2 cm), demi-chagrin marron à coins, dos lisse titré or, tête dorée, non rogné, couv. et dos non conservés (reliure postérieure), 4 ff. n. ch. (blanc, faux-titre, titre, dédicace), 313 pp., 1 f. n. ch.

Edition originale du premier roman de l'auteur, son premier grand succès.

Un des 10 ex. num. imprimés sur Hollande (seul grand papier).

Bel envoi autographe signé de l'auteur à son éditeur : "à Monsieur Paul Ollendorff / avec mes sincères remerciements / et mes meilleures sympathies / Bonne chance ! / Février 1892 / Jules Renard".

Menus frottements au dos.

Le 24 octobre 1891, Paul Ollendorff prévoyait à l'Écornifleur, trois mois avant sa parution, un succès d'estime certain et d'argent avec moins d'impatience. Ainsi l'on comprend mieux les encouragements prodigués par Jules Renard à son éditeur... L'ouvrage donna lieu, à sa sortie, à une flopée d'aménités et un concert d'éloges que Jules Renard consignera dans son Journal. S'y bousculent les noms de Catulle Mendès, Alphonse Daudet, Edmond de Goncourt, Anatole France, Félicia Mallet, Aurélien Scholl, Henry Simond, ...

Marcel Schwob en rendra compte, avec ferveur, dans un article titré "La Perversité" paru dans le numéro 27 du Mercure de France en mars 1892, repris en 1896 dans Spicilège : "Je ne ferai point de louanges à Renard pour sa forme ni pour son style, ni pour la nouveauté des expressions ni pour de délicieuses eaux-fortes telles que la description de ce prêtre mouillé qui frappe a une cabine [...]. Assez d'autres lui parleront demain de l'originalité, de la simplicité, de la force de sa langue. Je voudrais marquer ici brièvement le sens que j'attache à l'Écornifleur et à sa singulière perversité. L'Écornifleur est un jeune homme dont le cerveau est peuplé de littérature. Rien pour lui ne se présenté comme un objet normal. Il voit le XVIIIe siècle à travers Goncourt, les ouvriers à travers Zola, la société à travers Daudet, les paysans à travers Balzac et Maupassant, la mer à travers Michelet et Richepin. Il a beau regarder la mer, il n'est jamais au niveau de la mer. S'il aime, il se rappelle les amours littéraires. S'il viole, il s'étonne de ne pas violer comme en littérature. Sa tête est pleine de fantômes. [...] Un pouce de plus à son vouloir, et c'est Chambige. Un pouce de moins, et c'est Poil-de-Carotte. Un peu plus d'énergie dans l'action, et il est criminel. Un peu moins d'extériorisation, et le pauvre enfant se plaint de ne pas être compris. Et comme ce roman est bien celui des crises ! L'être fantastique conçu par l'Écornifleur est arrivé à sa pleine croissance ; il voit la femme qui se doit d'aimer ; il va descendre à sa chambre, au milieu de la nuit ; déjà elle a les jambes levées. Mais l'aventure ne se produit pas ; la femme ne l'attend pas - elle dort - les portes seront fermées - l'Écornifleur sera pieds-nus et ridicule. [...] La littérature a fait naître des êtres terribles dans les chambres secrètes de son cœur et de son cerveau. Mais il est devenu poète ; et dans ce livre il a tenu jugement de lui-même."

3 000 €