CELAN (Paul)

Sprachgitter

Frankfurt, S. Fischer Verlag, 1966

21 x 16,3 cm, cartonnage éditeur, jaquette blanche imprimée en noir, 66 pp., 2 ff. n. ch.

Réédition de 1966 (correspondant au tirage du 7ème au 9ème mille) en allemand de ce recueil de poèmes (Grille de parole en français), l'édition originale ayant paru chez le même éditeur en 1959.

Très précieux envoi autographe signé de l'auteur : "A Madame Delay, / avec mes respectueux hommages, / Paul Celan".

Marie-Madeleine Delay était l'épouse du Professeur Jean Delay, psychiatre neurologue qui dirigeait le service de psychiatrie de l'Hôpital Sainte-Anne dans lequel Paul Celan avait été accueilli début février 1966.

Elle était aussi une amie intime de René Char, qui avec son soutien, intervint pour améliorer les conditions d'hospitalisation de Celan.

Les correspondances échangées par Paul Celan avec sa femme, Gisèle Celan-Lestrange (Seuil, 2001) ainsi qu'avec René Char (à paraître en 2015 chez Gallimard) permettent d'éclaircir les circonstances dans lesquelles a été écrite cette dédicace en apparence anodine.

Le 23 décembre 1965, René Char, ayant appris que le traducteur de sa poésie en allemand est souffrant, écrit à son épouse Gisèle pour lui proposer son aide. Celan est alors interné à Sainte-Anne parce que, dans une crise de délire, il a voulu attenter à la vie de sa femme. Le 11 janvier 1966, Gisèle rend visite à Char pour essayer de trouver une solution aux multiples problèmes auxquelles elle est confrontée. Trois semaines plus tard, le 5 février, Marie-Madeleine Delay, dans une lettre à Char, l'informe qu'on vient de lui recommander le poète Paul Celan et lui apprend qu'elle s'occupe de lui. Le 8 février, le Professeur Pierre Deniker, qui travaille avec Jean Delay, écrit à René Char et lui confirme qu'il fera "le maximum pour Paul Celan". Paul Celan est alors interné dans le service du Professeur Delay pour y suivre un traitement adapté.

Dans une lettre datée du 10 février, Marie-Madeleine Delay informe Char que Paul Celan est "calme". Dans la même missive, elle commente sa lecture de Die Niemandsrose (La Rose de personne), recueil de Celan paru en 1963, que Char, qui n'ignore pas qu'elle lit l'allemand, lui a probablement confié : "ce sont des Poèmes [...] d'une grande et terrible beauté".

Le 9 juin 1966, Paul Celan sort de l'hôpital et retrouve une vie familiale plus apaisée. Vient alors le temps des remerciements. Celan adresse à Char le 21 juillet la traduction en allemand de "Dernière Marche", le poème qui clôt Retour Amont.

C'est très certainement à la même période, que le poète allemand envoie cet exemplaire de Sprachgitter à Marie-Madeleine Delay. La dédicace, comme presque toutes celles de la plume de Celan, est lapidaire, mais elle est - on le comprend une fois qu'on connaît les circonstances dans lesquelles elle a été écrite - lestée de non-dit.

Remerciements à M. Bertrand Badiou (enseignant-chercheur à l'Ecole normale supérieure).

3 500 €